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Nouvelle interface graphique du site (28/09/2008)

La nouvelle présentation du site francophone du Programme d'aide à la traduction et la Publication de la Littérature Japonaise (JLPP) est en ligne !

Programme JLPP 2008 d’aide à la traduction (10/06/2008)

En complément à notre précédent article, voici une présentation en français des ouvrages et des auteurs sélectionnés sur le thème du voyage.


Le Cercle de famille

Hōyō kazoku (1966)

Auteur : Kojima Nobuo

Traductrice : Elisabeth Suetsugu

Editeur : Ed. Philippe Picquier - 2006

Ce roman publié en 1966, est situé dans le Japon d'après-guerre, et raconte l'histoire d'un homme d'une quarantaine d'années, Miwa Shunsuke, et de sa famille, dans une situation proche de la désintégration. Toutes les tentatives de Miwa pour restaurer son couple et la paix dans son foyer s'avèrent inefficaces : il reste totalement désemparé devant l'intrusion étrangère dans sa maison que constitue l'Américain avec qui sa femme Tokiko a une liaison. Les Miwa décident de faire construire une maison dans le style californien. Mais Tokiko est atteinte d'un cancer, et la maladie progresse au même rythme que la construction de la maison, où apparaissent d'ailleurs rapidement fuites et fissures. Le cercle de famille est une métaphore de la société japonaise d'après-guerre, qui, dans sa volonté effrénée d'importer les institutions, les technologies et les modes de vie occidentaux, abandonne les bases morales et philosophiques sur lesquelles elle s'était édifiée.

Revue de presse

Elle

COUP DE COEUR, UN SAKE COUPLE ! Un roman japonais où l'on s'amuse, la chose est trop rare pour ne pas être soulignée.

Car, des 366 pages de « L'Ecole de la liberté », c'est effectivement la cocasserie des personnages et des situations que l'on retient d'abord, puis la peinture sans concession d'un pays en pleine mutation. Prétexte à ce portrait des aléas de la vie quotidienne dans le Tokyo de l'après-guerre, la séparation d'un couple. Un beau matin d'été, losuke Minamimura, molosse pares­seux, pour qui travail rime avec esclavage, est chassé de son foyer par Komako, sa ravissante épouse super-active aux idées féministes. Qu'on se rassure: ces deux-là, si peu faits a priori pour s'entendre, se retrouveront malgré tout, après une année vécue en goguette et en célibataires, au nom de cette «liberté» dont la nouvelle génération se gargarise. Mais, après force aventures et fierté ravalée, Komako aura appris à vivre seule et à vaincre les assiduités de trois prétendants très névrosés. Iosuke, clochard quelques semaines, trouvera fina­lement refuge sous un pont et y vivra comme un prince au sein d'une communauté malhonnête de chiffonniers et de dealers. On l'aura compris, dans ce gros livre de Shishi Bunraku, dra­maturge et écrivain célèbre au Japon, tout prête à l'étonne­ment: les us et coutumes d'une société encore très hiérarchi­sée, le style de l'auteur oscillant entre roman philosophique et feuilleton populaire et la leçon de bon sens qu'un lecteur français avisé peut en tirer !

Isabelle Lortholary

Le Bulletin des Lettres (décembre 2006)

À Tokyo, après la guerre, on essaie de s'adapter à une société qui a changé de manière radicale avec la défaite. Deux mondes coexistent: d'un côté, les plus âgés tentent de maintenir un lien avec les tradi­tions ancestrales; de l'autre, des « zazous » qui veulent, au contraire, s'en libérer. Entre les deux, une jeune femme, Komako, tente de trouver son chemin après que son mari, Iosuke, a quitté la maison. Elle découvre que les hommes qui la courtisent ne le valent pas et finit par attendre son retour avec anxiété. Cet agréable roman, bien construit, donne encore une fois à réfléchir sur l'étrangeté de l'univers nippon, dont chaque détail semble artificiel, au sens propre du terme: la tranquille froideur (apparente ?) de Komako l'éloigné loigne de ses soeurs européennes, et j'ai pour elle les yeux étonnés des marins bretons dans le délicireux Madame Chrysan-thème de Loti.

L.M.

Courrier International (septembre 2006)

Quand le Japon se libérait

« Etre vaincu mais rester digne, corriger ses fautes, expier ses crimes tout en faisant preuve d'un courage qui préserve l'avenir... voilà ce que devrait être une vraie défaite. Qu'en est-il du Japon ? Qu'en est-il des gens de Tokyo ? Nous sommes encore plus bas que vaincus. » C'est en ces termes qu'un des personnages mis en scène par Shishi Bunroku analyse la situation du Japon quelques années après sa capitulation sans condition. Il est vrai que,en 1950, la situation du Japon n'est guère réjouissante. Le rationnement est toujours d'actualité, le marché noir bat son plein et une partie de la population vit encore dans la misère.

Pourtant, il est un élément positif qui focalise l'attention de chacun : la liberté. Avec beaucoup d'à propos et de conviction, Shishi Bunroku montre à quel point cette notion, nouvelle dans un pays qui a vécu pendant de longues années sous la coupe des militaires, est difficile à manier, chaque individu ayant sa propre interprétation de ce qu'est la liberté. C'est bien là le tour de force de l'écrivain japonais que de montrer comment, à chaque niveau de la société d'après guerre, la liberté est assimilée et conquise. Après des années de dictature, on pourrait penser que le simple fait de retrouver la liberté de penser ou d'agir se passe sans anicroche, aussi simplement que le passage d'une lettre à la poste. Shishi Bunroku s'amuse à nous prouver le contraire. Les personnages qu'il présente dans L'Ecole de la liberté illustrent parfaitement les difficultés rencontrées dans la création du nouveau Japon, tel que l'ont imaginé les forces d'occupation américaines.

Parmi les éléments apportés par l'Amérique, la nouvelle Constitution, entrée en vigueur en 1947, figure au premier plan. Si la plupart des personnages du roman voient dans ce texte un remède à de nombreux maux, le professeur Haneda, qui incarne la transition entre le Japon d'avant et d'après la guerre, est plus mesuré. « En tant que juriste, il n'était pas sans faire quelques réserves sur quelques articles de la nouvelle Constitution, tout en approuvant son orientation générale. Il pensait surtout qu'elle n'apporterait pas à coup sûr le bonheur à ses concitoyens hommes et femmes », écrit Shishi Bunroku. Pour atteindre ce bonheur, chacun a le droit d'expérimenter. Komako, Iosuke, Yuriko ou encore Takafumi, les plus jeunes des personnages de ce roman très riche ne se privent pas de se lancer dans des expériences qui leur permettront de découvrir les limites de la liberté et d'approcher un certain idéal.

Cette quête est d'autant plus compliquée que ces hommes et ces femmes ne disposent d'aucune référence en la matière. Seul Haneda semble avoir tout compris. Il a en effet saisi l'importance de prendre du recul par rapport à la société, quelle qu'elle soit. Avec quelques amis pour le moins loufoques, il a fondé le « club des Turlupina », éprouvant le besoin d'un exutoire au moment où le militarisme pointait le bout de son nez au Japon. Le club a été créé en février 1936, date clé dans la montée en puissance des militaires japonais. Créée à l'origine sous le nom de Société d'étude du rire, l'association permet à chacun de ses cinq membres de jouer librement de la musique, tout en cherchant à trouver une harmonie commune. Ils y parviennent tant bien que mal. Voilà le message qui sous-tend le roman de Shishi Bunroku, qui fut publié sous forme de feuilleton dans le quotidien Asahi Shimbun avant de connaître deux adaptations cinématographiques.

Grâce à ce remarquable roman plein d'humour, on appréhende mieux l'atmosphère qui régnait dans l'immédiat après-guerre au Japon. Une lecture que l'on complétera avantageusement avec la rétrospective que la maison de la Culture du Japon, à Paris, consacre au cinéaste Naruse Mikio à partir du 2 novembre prochain. Pas moins de 31 films dont 6 inédits sont au programme !

Claude Lebland

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