Nouvelle interface graphique du site (28/09/2008)
La nouvelle présentation du site francophone du Programme d'aide à la traduction et la Publication de la Littérature Japonaise (JLPP) est en ligne !
Programme JLPP 2008 d’aide à la traduction (10/06/2008)
En complément à notre précédent article, voici une présentation en français des ouvrages et des auteurs sélectionnés sur le thème du voyage.
Dogura Magura (1935)
Auteur : Yumeno Kyūsaku
Traducteur : Patrick Honnoré
Editeur : Ed. Philippe Picquier - 2003
Roman fantastico-policier hors-norme d'un auteur atypique des premières années de l'ère Showa, encore inconnu en France, cette œuvre méritait bien d'inaugurer le programme du JLPP.
Le personnage principal, Kure Ichirô, retrouve ses esprits dans un hôpital psychiatrique de la faculté de médecine d'une université à Kyûshû. Mais il n'a plus aucun souvenir de son nom ni de son passé. Le professeur Wakabayashi lui explique qu'il a été utilisé par le professeur Masaki comme cobaye pour un nouveau traitement médical, et qu'il a tué sept personnes y compris sa mère et sa fiancée. Afin de lui faire découvrir la vérité, on lui remet un certain nombre de documents, parmi lesquels Dogra Magra, un livre écrit par un malade mental. Une histoire bizarre et complexe prend forme, du point de vue du personnage principal.
Photo du centre de thérapie dans lequel se déroule l'action de Dogra Magra :
Ce site personnel d’un lecteur japonais, en anglais, apporte un éclairage nouveau sur l’œuvre de Yumeno Kyusaku.
Site réalisé par le traducteur en français de Dogra Magra. Certainement la source la plus documentée sur cette œuvre phare de Yumeno Kyusaku.
À cet instant, j'eus l'impression d'être frappé d'une inspiration sublime. Ma désinvolture de tout à l'heure, ma curiosité déplacée concernant la fille, s'étaient envolées au loin...... j'étais comme empli du sentiment sacré que tout est entre les mains de la providence...... Des deux mains, je rectifiai le col dur de ma veste. Puis comme un ascète conduit par la main d'un destin mystique, je fis un pas en avant, et pénétrai entre les rangées d'armoires vitrées et les spécimens.
Je m'approchai tout d'abord des étagères alignées près des fenêtres sud, du côté le plus lumineux. Dans des armoires vitrées qui faisaient face à la fenêtre, toutes sortes de volumes et de rouleaux peints étaient disposés bien ordonnés l'un à côté de l'autre, chacun muni d'un carton explicatif. Selon les explications du Dr Wakabayashi, tous ces documents avaient été adressés au professeur titulaire de la chaire, et signifiaient tous « s'il vous plaît, laissez moi sortir, regardez comme mon esprit est guéri » :
Je détournai finalement les yeux pour dépasser sans les voir tous ces objets pitoyables et misérables qui surgissaient devant mes yeux l'un après l'autre. Mais au bout d'une des étagères en verre, ébréchée au coin, je découvris, un peu à l'écart des autres, un objet bizarre. L'objet n'attirait pas particulièrement le regard, et je ne l'avais remarqué que parce que le verre de l'étagère était ébréché, mais plus je le regardais, plus vraiment je le trouvais bizarre.
[1] titre d'une chanson populaire des années Taishô inspirée par le personnage Katsusha Maslova du roman Résurrection de Tolstoï. Cette chanson donna lieu à un retentissant procès en droit d'auteur.
Œuvre stupéfiante, inclassable, Dogra Magra est à la fois une performance d'écriture inégalée et un extraordinaire roman policier au programme paradoxal: un roman où les détectives sont les criminels. Ou plutôt, un roman où l'assassin est la victime.
Réflexion sur la folie, l'identité et les pouvoirs de la science, ce texte dérangeant à l'extrême, publié quasi confidentiellement en 1935, resta totalement inconnu du grand public jusqu'à sa redécouverte à la fin des années soixante. Lorsqu'on en referme la dernière page, on comprend pourquoi il est aujourd'hui considéré au Japon comme un des romans majeurs du XXe siècle. ©Philippe Picquier.
Simon Brossard.