Nouvelle interface graphique du site (28/09/2008)
La nouvelle présentation du site francophone du Programme d'aide à la traduction et la Publication de la Littérature Japonaise (JLPP) est en ligne !
Programme JLPP 2008 d’aide à la traduction (10/06/2008)
En complément à notre précédent article, voici une présentation en français des ouvrages et des auteurs sélectionnés sur le thème du voyage.
Meido (1922) / Ryojun Nyūjōshiki (1934)
Auteur : Uchida Hyakken
Traducteur : Patrick Honnoré
Editeur : en négociation
Au-delà et Prise triomphale de Port-Arthur forment un double recueil de nouvelles : En 1922, Uchida Hyakken publie sa première œuvre, Au-delà (Meido), un recueil de 18 nouvelles dans un genre qui renouvelle entièrement l'approche du fantastique dans la littérature japonaise par un style fragmentaire, et un mélange d'auto-dérision souvent comique et d'émotion poignante.
Chaque nouvelle raconte une histoire sans début et souvent sans fin, comme un rêve ou un cauchemar que le narrateur vit en même temps que le lecteur la découvre, et qui, mis ensemble, forment un paysage fictif de l'enfer. Hyakken y explore l'imaginaire, suivant les fils de l'identité et du moi.
L'année suivante, Uchida Hyakken perd ses manuscrits dans le grand tremblement de terre de Tokyo. Comme le livre est par ailleurs épuisé, il décide d'écrire une autre série de nouvelles sur le même principe. Ce n'est que 11 ans plus tard qu'il achève ce deuxième recueil intitulé Prise triomphale de Port-Arthur (Ryojun nyūjōshiki), qui comprend 29 nouvelles.
Le titre de la nouvelle Prise triomphale de Port Arthur, qui donne son nom au deuxième recueil, complémentaire à plus d'un titre de Au-delà, fait allusion à un film de la propagande militaire tourné pendant la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Le narrateur se trouve entre deux mondes, à la fois spectateur du film et dans une très forte empathie avec les soldats figurant sur l'écran, en proie à la souffrance et à la mort, images bien peu triomphales.
Les critiques et chercheurs débattent encore actuellement des différences et de l'évolution de l'écriture de Hyakken entre le premier et le deuxième recueil, et sans entrer dans les détails, il est évident que les 12 années qui séparent les deux, pendant lesquelles le Japon est passé du libéralisme et de l'ouverture intellectuelle et esthétique de l'ère Taishô (1912-1926) au nationalisme et au militarisme du début de l'ère Shôwa (1926-1989), ont modifié de manière si radicale la société japonaise que le même principe de composition ne pouvait pas conduire tout à fait au même résultat. Mais il est devenu traditionnel, dès avant guerre et par décision de l'auteur lui-même, de considérer ces deux recueils comme une même oeuvre et de les publier en un seul volume.
Mishima Yukio a écrit à propos de Uchida Hyakken :
« Quand on regarde de quoi est faite la profondeur du style de Uchida Hyakken, on remarque que sans utiliser un seul mot abstrait ou difficile, il choisit en fait avec une rigueur extrême le moindre mot, qu'il rejette systématiquement toute expression dont l'effet ou le sens serait automatique ou évident, qu'il ne s'autorise pas la moindre facilité ou la moindre indulgence de brillance de style, allant même jusqu'à supprimer toute expression dont le sens serait trop évident, pour ne garder que les nuances, les expressions où le sens est justement ambigu, ciselant chaque mot un à un avec un art insurpassable de l'ironie. Le lecteur d'aujourd'hui est-il encore capable de saisir une telle ironie choisie, une telle alchimie secrète, une telle puissance de l'imperceptible? »